Le Mandat citoyen, quand être citoyen prend tout son sens. RACINES & AVENIR

Une responsabilité qui vient aussi de nos racines. Ce que j'appelle le Mandat citoyen n’est pas seulement, pour moi, une théorie contemporaine de la participation civique. Il rejoint quelque chose de beaucoup plus ancien. Quelque chose que nos racines africaines nous ont appris bien avant que nous ne découvrions les expressions « société civile », « démocratie participative » ou « empower citizen ». Dans nos racines communes, l’individu n’existe pas complètement séparé de la communauté...

Yana Mbenda

8/21/20267 min read

Il y a une phrase que nous connaissons tous. Une route est impraticable, « L’État doit faire quelque chose. » Un quartier manque d’éclairage, « L’État doit faire quelque chose. » Une jeune fille mère décroche de l’école, une femme subit des violences, une personne âgée reste seule, nos langues disparaissent peu à peu de nos familles, encore une fois, « l’État doit faire quelque chose ». Très souvent, l’État doit réellement faire quelque chose.

Les institutions ont des responsabilités, les élus ont reçu un mandat, les administrations disposent de compétences et les politiques publiques ne sont pas une faveur faite aux citoyens. Mais il existe peut-être une question que nous posons beaucoup moins volontiers. Et moi, qu’est-ce que je peux faire ?

Entre tout attendre de l’État et vouloir se substituer à lui, il existe un immense espace : celui de la responsabilité citoyenne. C’est précisément dans cet espace que je situe ce que j’appelle le Mandat citoyen.

Un mandat sans élection ?

Le terme peut surprendre. Un mandat, en politique, est normalement reçu. Des citoyens votent, choisissent des représentants et leur confient la responsabilité d’exercer certaines fonctions en leur nom. Le Mandat citoyen, tel que je l’entends, ne remplace ni un mandat électif, ni une fonction publique, ni les institutions. Il ne permet pas de se lever un matin, de boire son café et de décider que l’on représente désormais le peuple camerounais. NON! Il ne donne aucun pouvoir particulier sur les autres. Il ne donne même pas le droit de parler en leur nom sans les avoir écoutés. Le Mandat citoyen désigne plutôt le fait qu’un citoyen décide d’agir face à une situation qu’il considère comme préoccupante, dans les limites de sa liberté, de ses possibilités, de ses compétences et de la loi.

Autrement dit, le citoyen n'est suis peut-être pas ministre, maire, député, policier, enseignant ou assistant social mais il est citoyen et cela signifie aussi quelque chose.

Être citoyen ne nous donne pas seulement des droits

Nous parlons beaucoup, et à juste titre, des droits du citoyen. Le droit de voter. Le droit de s’exprimer. Le droit d’interpeller les gouvernants. Le droit de demander des comptes. Le droit d’exiger que les services publics fonctionnent. Mais la citoyenneté devient curieusement beaucoup moins populaire lorsqu’il faut parler de devoirs et de responsabilités. Pourtant être citoyen ne consiste pas uniquement à réclamer ce qui nous est dû. C’est aussi se demander ce que nous devons à la communauté dont nous faisons partie.

Face à une femme victime de violences conjugales, notre premier réflexe avant même de penser aux institutions peut être, lorsque nous pouvons intervenir sans aggraver le danger, de protéger la victime, de l’écouter, de l’aider à se mettre en sécurité, puis de faire intervenir les services compétents. Face à une jeune mère en détresse, notre responsabilité ne se limite pas forcément à lui dire, « Il faut voir une assistante sociale. » Nous pouvons commencer par demander, « De quoi as-tu besoin aujourd’hui ? » L’aider. L’écouter. L’accompagner. Puis permettre aux professionnels de prendre le relais. Même chose face à un enfant en difficulté scolaire, un voisin âgé isolé, une famille en grande détresse ou un problème qui affecte un quartier. Nous n’avons pas à remplacer les professionnels. Mais l’existence des professionnels ne devrait pas devenir une formidable excuse collective pour ne plus nous sentir concernés par rien.

Il existe un espace entre ne rien faire et prétendre tout résoudre. C’est cet espace que j’appelle le Mandat citoyen.

Constater. Comprendre. Agir.
Je résume aujourd’hui cette démarche en trois verbes :

CONSTATER. COMPRENDRE. AGIR.

Constater, d’abord.

Regarder le réel tel qu’il est, et non tel que nous aimerions qu’il soit. Écouter les personnes concernées. Observer. Recueillir la parole. Identifier un problème.

Puis comprendre.

Parce que constater un problème ne signifie pas que nous en connaissons automatiquement les causes, accepter que la réalité soit plus compliquée que notre première indignation.

Enfin, agir.

Agir ne signifie pas faire inutilement du bruit, agir commence beaucoup plus simplement; tendre une main, transmettre un savoir, rassembler quelques personnes, faire naître une initiative, documenter une réalité, tester une solution. Et lorsque le pouvoir de décision ne nous appartient pas, agir, c’est aussi faire le travail nécessaire pour transformer une préoccupation en proposition solide, puis la porter avec sérieux auprès des institutions compétentes.

Une responsabilité qui vient aussi de nos racines

Le Mandat citoyen n’est pas seulement, pour moi, une théorie contemporaine de la participation civique. Il rejoint quelque chose de beaucoup plus ancien. Quelque chose que nos racines africaines nous ont appris bien avant que nous ne découvrions les expressions « société civile », « démocratie participative » ou « empower citizen ».

Dans nos racines communes, l’individu n’existe pas complètement séparé de la communauté. Nous appartenons à une famille, une lignée, un village, une histoire, un territoire. Cette appartenance n’est pas seulement identitaire. Elle crée une responsabilité.

Contrairement à d’autres cultures où il est possible de demander au divin « Suis-je le gardien de mon frère ? », nos racines communes nous apprennent clairement que nous sommes les gardiens les uns des autres. C’est l’une de leurs valeurs les plus puissantes. L’enfant n’est pas uniquement l’affaire de ses parents. Le vieillard n’est pas uniquement responsable de lui-même. La transmission ne s’arrête pas aux portes d’une maison. La difficulté d’un membre de la communauté peut devenir la préoccupation de plusieurs. C’est précisément ce que résume cette pensée africaine devenue universelle. Ubuntu, « Je suis parce que tu es. » Ce qui arrive à l’autre finit, d’une manière ou d’une autre, par toucher l’équilibre du groupe. Cette idée n’implique évidemment pas de nier l’individu ni ses libertés.

Elle nous rappelle simplement quelque chose que la modernité nous fait parfois oublier; une société n’est pas une addition de personnes vivant chacune dans leur coin en attendant qu’une administration vienne réparer tout ce qui se casse entre elles. La cohésion sociale dépend aussi de la capacité des citoyens à prendre part à la vie de leur communauté.

La citoyenneté ne commence pas et ne s’arrête pas dans l’isoloir

Voter est fondamental mais une démocratie ne peut pas fonctionner sérieusement avec des citoyens actifs un dimanche d’élection et spectateurs pendant les cinq années suivantes. Entre deux élections, la société continue. Les enfants grandissent. Les langues se perdent. Les quartiers changent. Les solidarités se renforcent ou disparaissent. Les problèmes surgissent.

C’est exactement là que le mandat citoyen dont je parle, trouve sa place. Pas contre l’État. Pas à la place de l’État. Plutot à côté de lui, parfois devant lui pour alerter, parfois derrière lui pour accompagner, parfois face à lui pour interpeller. Notre société a aussi besoin de citoyens qui ne soient pas uniquement des consommateurs de politiques publiques.

L'application YANA pour écouter avant de prétendre agir

C’est aussi dans cette philosophie que s’inscrit l’application citoyenne YANA. Je ne veux pas créer un espace supplémentaire où nous venons simplement dresser la liste de tout ce qui ne va pas. Nous avons déjà beaucoup d’endroits pour cela. YANA doit servir à autre chose.

D’abord écouter, avec la rubrique « Votre avis compte », il s’agit de faire remonter des préoccupations, des expériences, des attentes. Puis comprendre. Mettre en relation la parole citoyenne, le terrain et l’expertise. Enfin, lorsque cela est clairement possible, agir. Le Mandat citoyen devient ainsi une manière de transformer une préoccupation en démarche structurée.

RACINES & AVENIR: Mon premier Mandat citoyen

Mon premier Mandat citoyen est, RACINES & AVENIR.

Depuis toujours, mes racines occupent une place particulière dans ma vie, dans toutes les dimensions de mon existence. Elles ne sont ni un décor ni un héritage que l’on ressort pour les grandes occasions.

C’est donc naturellement que RACINES & AVENIR commencera par une question essentielle : que faisons-nous de nos langues maternelles et nationales ?

Nous constatons que certaines de nos langues disparaissent peu à peu de nos familles. Des enfants les comprennent encore sans les parler ; d’autres ne les comprennent déjà presque plus. Nous pouvons évidemment dire « Le ministère doit agir. L’école doit agir. L’État doit agir. » Oui. Mais avant de déposer l’intégralité du problème sur le bureau du ministère, posons-nous aussi la question qui dérange :

Quelle langue parlons-nous à nos propres enfants ?

Que transmettons-nous à la maison ? Quelle part revient aux parents, aux anciens, aux enseignants, aux chercheurs, aux médias, au numérique et quelle part revient réellement aux institutions ?

C’est précisément ce que RACINES & AVENIR veut aller constater et comprendre avant d'agir. Faire dialoguer familles, jeunes, linguistes, enseignants, chercheurs, autorités traditionnelles, associations, acteurs culturels et citoyens.

Quand les citoyens cessent d’attendre

Le Mandat citoyen repose finalement sur une question très simple, Face à ce que je vois, qu’est-ce qui dépend déjà de moi ? Pas de mon voisin. Pas du maire. Pas du ministre. Pas du Président. De moi. Ensuite seulement vient la question de ce qui dépend des autres et des institutions.

C’est peut-être aussi cela que nos racines peuvent réapprendre à notre citoyenneté moderne, nous sommes des individus, certes, mais nous appartenons à une communauté et nous avons une responsabilité dans ce qu’elle devient.

Le Mandat citoyen nous rappelle quelque chose de beaucoup plus exigeant, nous sommes responsables de ce que nous choisissons de faire de notre capacité d’agir parce que nous sommes les gardiens les uns des autres.

Ubuntu nous rappelle : « Je suis parce que tu es. »

Je ne peux peut-être pas tout faire. Mais je ne ferai plus comme si je ne pouvais rien faire.

YANA - Oser le lien. Porter l’avenir.
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