Nos enfants doivent parler au monde sans oublier leurs racines
Je ne suis pas opposée à l’apprentissage des langues étrangères. Bien au contraire. Dans le monde qui est le nôtre, parler plusieurs langues est une richesse et une ouverture extraordinaire, mais apprendre les langues du monde ne devrait jamais nous obliger à oublier les nôtres.
Yana Mbenda
8/13/20261 min read


Une langue maternelle à coefficient 1 pendant qu’une langue étrangère peut atteindre un coefficient 4 dans nos programmes scolaires. Parfois, les chiffres disent très clairement ce que nos discours préfèrent éviter.
Je suis profondément favorable à l’ouverture au monde. Que nos enfants parlent français, anglais et d’autres langues étrangères est une richesse. Mais faudrait-il vraiment, pour devenir citoyens du monde, commencer par devenir étrangers à nous-mêmes ?
Nos langues portent bien plus que des mots. Elles transportent nos racines, notre culture, nos valeurs, notre mémoire et notre manière de comprendre le monde. Les reléguer à la périphérie de l’éducation, avec quelques heures et de petits coefficients pour pouvoir dire qu’elles figurent au programme, ne constitue pas une véritable politique de transmission.
Je défends une intégration sérieuse des langues camerounaises dans nos programmes scolaires : des enseignements structurés, des enseignants formés, des supports pédagogiques de qualité, une véritable évaluation et surtout une place suffisamment importante pour que l’élève comprenne que sa propre culture mérite autant d’être étudiée que celles venues d’ailleurs.
Cela suppose aussi d’avoir le courage de repenser les coefficients et la place accordée à certaines secondes langues étrangères, lorsque leur poids finit par marginaliser l’apprentissage de nos propres langues.
Il ne s’agit pas de fermer le Cameroun au monde. Ce serait absurde. Il s’agit précisément d’y entrer debout, parce qu’on peut apprendre l’anglais, le français, l’allemand, l’espagnol ou le chinois sans considérer sa langue maternelle comme une sympathique activité culturelle réservée aux jours de fête.
L’éducation doit ouvrir des fenêtres sur le monde sans arracher les racines de la maison.
Je veux une école camerounaise capable de former des enfants modernes, compétents, ouverts sur le monde, mais profondément conscients de ce qu’ils sont.
Apprendre les langues du monde, oui. Oublier les nôtres pour y parvenir, non.
Oser le lien. Porter l'avenir.

