Nos racines ne sont pas immobiles. Transmettre la mémoire pour construire l’avenir
Je crois profondément qu’une nation ne se construit pas seulement avec des routes, des bâtiments ou des institutions. Elle se construit aussi avec une mémoire, des repères et la capacité de transmettre d’une génération à l’autre ce qui nous a façonnés.
Yana Mbenda Edimo
10/8/20262 min read


Je regarde avec beaucoup d’intérêt le travail engagé autour de la modernisation du musée national du Cameroun. Les projets annoncés, parcours citoyen, livret pédagogique, musée mobile, amélioration des espaces, documentation des collections, vont dans un sens important; faire du musée non seulement un lieu d'exposition mais également un véritable espace de transmission.
Je suis persuadée que nous pouvons aller plus loin. Car notre mémoire ne se trouve pas seulement dans les vitrines d’un musée. Elle vit aussi dans nos familles, dans nos villages, dans les langues que parlaient nos grands-parents, dans les proverbes, les chants, les savoir-faire, les récits de migration, les histoires de communautés et les gestes que certaines générations sont peut-être les dernières à connaître. Chaque année, des hommes et des femmes disparaissent en emportant avec eux une partie de cette mémoire et parce que notre transmission a longtemps été orale, ce patrimoine reste fragile.
Je pense donc qu’un grand chantier pourrait consister à documenter davantage la mémoire des vivants. Former des jeunes à recueillir les témoignages des anciens. Sauvegarder des récits. Documenter les savoir-faire. Identifier les langues, les lieux, les pratiques, les histoires locales.
Je crois aussi que nos langues doivent davantage entrer dans nos lieux de mémoire. Pourquoi ne pas imaginer, autour de certaines collections, des contenus audio permettant d’entendre le nom d’un objet, son histoire ou sa fonction dans la langue de la communauté dont il est issu? Nous ne préserverions alors plus seulement l’objet, mais aussi la parole qui lui donne sens.
Le musée mobile pourrait également devenir un formidable outil de terrain. Il ne servirait pas seulement à présenter des collections dans les régions, mais aussi à recueillir la mémoire locale: photographies anciennes, récits familiaux, témoignages, objets, chants, documents, histoires de villages ou de quartiers.
C’est sur ce type de réflexion que Racines & Avenir a souhaité mettre une équipe au travail, approfondir les questions de collecte, de documentation et de transmission de notre patrimoine vivant, afin de voir comment des initiatives concrètes peuvent prolonger les efforts déjà engagés. Ce que nous plaçons dans un musée ne relève pas d’un passé figé, ce sont des fragments essentiels de nos racines, des repères qui racontent ceux qui nous ont précédés, ce qu’ils ont construit, transmis et laissé en héritage. Ces objets, ces récits, ces archives structurent notre mémoire collective mais cette mémoire ne peut pas rester immobile, enfermée derrière des vitrines. Elle doit continuer à vivre, à circuler, à être racontée, entendue et transmise autrement, notamment à travers une nouvelle manière de penser et de vivre le musée, plus proche des familles, des territoires, des langues et des générations.
C’est aussi ce chantier que nous voulons approfondir avec Racines & Avenir. Si vous souhaitez contribuer à cette réflexion, apporter vos compétences, vos connaissances ou votre expérience, rejoignez l’équipe et construisons ensemble de nouvelles voies de transmission.



