Nos langues maternelles, l’héritage invisible qui construit notre identité
Une langue maternelle n’est pas seulement une manière de communiquer. Elle est une mémoire vivante. Elle contient les histoires de nos familles, les expressions de nos anciens, une façon de comprendre la famille, le respect, la solidarité et notre relation avec le monde qui nous entoure.
Yana Mbenda Edimo
8/24/20262 min read
Il y a une scène que beaucoup de familles africaines connaissent bien. Un enfant prononce quelques mots d’anglais ou d’une autre langue étrangère, et tout le monde applaudit: «Voilà un enfant intelligent, il ira loin» Mais lorsqu’il essaie de parler la langue de ses grands-parents, certains répondent presque avec inquiétude: «Non, laisse ça, ce n’est pas important. Il faut apprendre les langues qui vont lui donner un avenir.»
Ce regard qu'on pose sur nos propres langues est effrayant. Pourquoi considérons-nous souvent notre propre héritage comme un obstacle, alors que nous sommes prêts à investir du temps et de l’argent pour acquérir d'autres héritages venus d'ailleurs.
Une langue maternelle n’est pas seulement une manière de communiquer. Elle est une mémoire vivante. Elle contient les histoires de nos familles, les expressions de nos anciens, nos modes de gouvernance, une façon de comprendre la famille, le respect, la solidarité et notre relation avec le monde qui nous entoure.
Quand une langue disparaît d’une génération à l’autre, ce ne sont pas seulement des mots qui disparaissent. C’est une partie de notre manière de penser, de raconter notre histoire et de transmettre nos valeurs qui s’efface doucement.
Évidemment, apprendre d’autres langues est une richesse. Personne ne dit qu’il faut fermer ses portes au monde. Nous devons pouvoir parler plusieurs langues, voyager, échanger et participer pleinement à la société mondiale. D'ailleurs cet article est écrit en langue française!
Il y a une petite contradiction que nous devons avoir le courage de regarder; nous voulons parfois être citoyens du monde entier, mais nous avons du mal à être pleinement citoyens de notre propre histoire.
Nous pouvons connaître les chansons des autres, les traditions des autres, les expressions des autres mais ignorer le sens d’un proverbe de notre propre grand-mère. Nous pouvons être fiers de maîtriser plusieurs langues étrangères, mais avoir honte de notre propre accent.
La modernité ne consiste pas à effacer ses racines pour ressembler aux autres. Elle consiste à avancer avec une identité solide.
Nos langues maternelles sont cet héritage invisible qui construit notre identité. Elles nous rappellent d’où nous venons, ce que nous portons et ce que nous avons la responsabilité de transmettre.
Un peuple qui perd ses mots finit souvent par laisser d’autres écrire son histoire à sa place.


